Entretien d’embauche et biais cognitifs en recrutement

Quels biais cognitifs faussent vos recrutements ?

« Je l’ai senti dès qu’il est entré. » Beaucoup de recruteurs ont déjà prononcé cette phrase. Elle résume le problème : notre jugement se forme très vite et nous le prenons pour de l’intuition. Les biais cognitifs en recrutement sont des raccourcis mentaux (le type de raccourcis que les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky ont étudiés dans le jugement humain) qui déforment l’évaluation d’un candidat sans que le recruteur s’en rende compte. Voici où ils interviennent, les phrases qui doivent vous alerter et le réflexe à adopter.

Les biais cognitifs en recrutement, étape par étape

ÉtapeBiaisLa phrase qui doit vous alerterLe réflexe
Définition du besoinBiais du prédécesseur« Il nous faut quelqu’un comme Paul. »Décrire les missions, pas la personne.
Tri des CVBiais de similarité (ou d’affinité)« Il a fait la même école que moi. »Trier sur les critères fixés avant la lecture.
Premières minutesEffet de halo« Elle présente très bien, elle sera bien. »Noter chaque critère séparément.
EntretienBiais de confirmation« Ça confirme ce que j’avais vu sur son CV. »Poser une question qui pourrait vous contredire.
ComparaisonEffet de contraste« Franchement, après celui de ce matin, il est excellent. »Comparer chaque candidat à la grille, pas au précédent.
DécisionEffet de récence« Le dernier m’a vraiment marqué, on part sur lui ? »Noter chaque candidat juste après son entretien.

L’effet de halo : une qualité qui éclipse le reste

Décrit dès 1920 par le psychologue Edward Thorndike, l’effet de halo étend une qualité visible (aisance à l’oral, tenue, sourire) à des compétences qui n’ont rien à voir. Un candidat brillant à l’oral n’est pas forcément rigoureux.

Le biais de confirmation : chercher la preuve de sa première impression

Une fois l’opinion formée, l’entretien sert à la vérifier plutôt qu’à la mettre à l’épreuve. On relance sur ce qui confirme et on passe vite sur ce qui dérange.

Le biais du prédécesseur : chercher le même profil que l’ancien titulaire

Le Défenseur des droits le signale dans son guide sur le recrutement : chercher exactement la même personne que l’ancien titulaire du poste expose à mobiliser inconsciemment des stéréotypes de genre ou d’origine et à écarter des candidatures compétentes.

Des biais aux conséquences bien réelles

Un biais peut conduire à un recrutement raté (voir le coût d’un recrutement raté). Il peut aussi exposer l’entreprise à un risque de discrimination : le guide « Pour un recrutement sans discrimination » du Défenseur des droits rappelle que les discriminations ne sont pas toujours intentionnelles. Les discriminations non intentionnelles naissent souvent de stéréotypes mobilisés inconsciemment par les personnes qui recrutent.

Si un candidat écarté présente des éléments laissant supposer une discrimination, c’est à l’entreprise de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs (article L1134-1 du Code du travail). Une grille remplie pour chaque candidat en garde la trace.

Comment limiter les biais cognitifs en recrutement

Grille d’entretien structuré pour limiter les biais de recrutement
  • Définir les critères avant de lire les CV, à partir des missions réelles du poste.
  • Structurer l’entretien : poser les mêmes questions à chaque candidat (c’est la recommandation du Défenseur des droits) et noter les réponses sur une grille. Une réanalyse des grandes méta-analyses sur le sujet, menée par Paul Sackett et ses collègues et publiée en 2022 dans le Journal of Applied Psychology, place l’entretien structuré en tête des méthodes de sélection étudiées pour prédire la performance au travail.
  • Noter avant d’échanger : chaque évaluateur remplit sa grille seul avant le débrief, pour ne pas s’aligner sur l’avis le plus affirmé.
  • Croiser les sources : entretien, mise en situation, prise de références.

Le test de personnalité, un point de repère extérieur

Préparer ses questions d’entretien avec un test de personnalité pour réduire les biais cognitifs

Un test de personnalité ne remplace pas le jugement du recruteur. Il lui donne un point d’appui indépendant de ses impressions. BeHave TALENTS® aide à évaluer plus objectivement un candidat sur ses modes de fonctionnement : façon de décider, priorités, réflexes quand la pression monte. Le bon usage consiste à s’en servir pour préparer les questions de l’entretien : chaque point du rapport devient une hypothèse à vérifier avec le candidat, pas une conclusion. Le candidat doit être informé du test avant de le passer (article L1221-8 du Code du travail). Pour aller plus loin, lisez notre article sur le test de personnalité dans le recrutement.

Un recruteur sans biais n’existe pas. Un recrutement qui les anticipe, si.

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